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Après ma 1ère fausse-couche, ne sachant pas si je perdais un garçon ou une fille (le bébé n'avait qu'un mois et demi lorsqu'il a cessé de vivre), j'avais quand même besoin de pouvoir le/la nommer pour essayer de faire mon deuil. Je l'ai donc appelé(e) Ange. Voici la lettre que je lui ai écrite, sous forme de journal, pendant quelques jours, pour lui dire "au revoir, je t'aime, je ne t'oublierai jamais".



Le Samedi 11 Septembre 2004,

Cher Ange,

Le 26 Juillet 2004, nous avons appris, pour notre plus grand bonheur, que j'attendais un bébé. Nous t'avions voulu et espéré et tu étais là. Cécile, notre premier enfant, allait devenir "grande soeur" quelques jours avant ses 2 ans et nous allions devenir parents pour la 2ème fois. Nous t'avons aimé tout de suite, et nous avons décidé de la chambre que nous allions t'attribuer dans la maison que nous étions en train d'acheter, une très grande chambre lumineuse, où nous commencions à imaginer l'emplacement de ton lit, de ta petite armoire, de la table à langer... Comme tu le vois, tu as tout de suite fait partie de notre vie de famille. Dès le 26 juillet, nous avons considéré que nous n'étions plus trois (Papa, moi, ta Maman, et Cécile, ta soeur) mais quatre, avec Toi, mon bébé.

Le 13 Août, nous sommes allés à l'hôpital voir mon docteur pour faire la "déclaration de grossesse" et l'échographie. C'est un examen qui permet de voir le bébé dans le ventre de la maman, et d'en prendre des photos. Tu mesurais déjà 1,5 cm. On distinguait bien ta tête et, déjà, on commençait à voir tes jambes et tes bras. Le docteur a fait beaucoup de photos et il nous en a donné 3. Qu'est-ce que nous avons pu les montrer, et les regarder !

Puis la vie a suivi son petit cours, plus ou moins tranquille : j'ai continué à préparer des cartons pour aller habiter dans notre grande maison, à m'occuper de ta grande soeur Cécile qui commençait à marcher toute seule, j'ai repris le travail et surtout : je t'attendais. J'avais hâte de te sentir bouger, comme pour me dire : "Coucou, Maman, je suis là !" J'avais hâte de voir mon ventre grossir, montrer ta présence et notre bonheur au monde entier. Je t'ai fabriqué un doudou au crochet, et nous avons acheté un joli mobile pour ton lit.

Nous avions à nouveau rendez-vous chez mon docteur, à l'hôpital, le 8 septembre, pour la 1ère visite prénatale. Une échographie était prévue ; je disais : "on va voir Bébé à la télé". Papa avait pris un après-midi de congé pour pouvoir m'accompagner et te voir. Nous étions donc pleins de joie et d'espoir en allant à l'hôpital.

Seulement, les choses se sont mal passées : au moment de l'échographie, le docteur nous a dit : "il mesure 24 mm". Lui, il avait déjà compris qu'il y avait un problème, car à cette date, tu aurais dû mesurer à peu près 60 mm. Mais nous n'avions aucune idée de la taille que tu aurais dû mesurer, donc nous n'avons pas compris que c'était inquiétant. Ensuite, le docteur a beaucoup modifié les réglages de son appareil, sans être satisfait par le résultat obtenu : il ne trouvait pas ce qu'il cherchait : "l'activité cardiaque", les battements de ton petit coeur, la preuve de ta vie. Il nous l'a dit, mais moi, bêtement, j'ai cru qu'il allait bientôt la trouver, que c'était juste un problème de réglage, un problème de son ou d'image. Mais j'ai fini par prendre conscience de quelque chose : tu ne bougeais pas, pas du tout, et ça, c'était un autre mauvais signe. Ensuite, le docteur  a mis le son : si ton coeur avait battu, nous l'aurions au moins entendu : on croirait entendre passer une horde de chevaux au  galop. Mais nous n'avons entendu que le silence.

Alors, doucement, avec des précautions, le docteur nous a annoncé que toi, notre bébé déjà tant aimé, tu étais mort dans mon ventre depuis environ 2 semaines. Nous avons eu beaucoup de peine, même si tout porte à croire que "c'était mieux ainsi" : tu avais probablement une malformation grave, qui t'aurait gâché la vie et qui t'aurait fait horriblement souffrir si tu étais venu au monde. Et puis, ce dramatique événement s'était passé très tôt. Il ne mettait pas ma vie en danger. Voilà ce qu'a dit le docteur pour essayer de me réconforter.

Le docteur nous a expliqué le choix qui s'offrait à moi : soit j'attendais que tu quittes mon corps par toi-même, soit je venais très vite subir une intervention à l'hôpital, sous anesthésie générale, pour que le docteur te retire de mon ventre. J'ai réfléchi et j'ai rapidement décidé d'aller à l'hôpital. J'avais trop mal à l'idée que mon ventre, qui devait porter la vie, portait au contraire la mort, et ce à mon insu, depuis 2 semaines. Et puis aussi, je savais que l'intervention serait pratiquée par MON docteur, en qui j'ai toute confiance, pendant que ta soeur, Cécile, serait chez la nourrice, et que Papa pourrait m'emmener le matin à l'hôpital et venir me rechercher le soir, après son travail.

Ce soir-là, j'ai beaucoup pleuré, car... "c'est peut-être mieux ainsi", mais nous t'aimions déjà, nous avions envie de te rencontrer, nous t'attendions pour la fin du moins de Mars. Et puis je me posais beaucoup de questions : pourquoi étais-tu mort, était-ce de ma faute ? Avais-je commis des imprudences ? Etais-je trop vieille ? (j'avais déjà 35 ans). Et puis, j'avais un peu peur aussi : je n'avais jamais subi d'intervention, ni d'anesthésie, je ne savais pas trop comment les choses allaient se passer, combien de temps elles prendraient, quelles en seraient les conséquences, immédiates et plus tardives.

Cette nuit-là, j'ai eu du mal à m'endormir, et je me suis réveillée très tôt, en pensant encore et toujours à toi, mon bébé que j'avais perdu.

Le lendemain, jeudi 9 septembre, j'avais rendez-vous à l'hôpital à 11h, pour rencontrer l'anesthésiste. Avant cela, je suis allée au marché avec ta soeur Cécile, pour me changer les idées et pour retrouver ma meilleure amie, Véro, et lui confier ma peine. Elle m'a beaucoup soutenue, et la nourrice de Cécile aussi. Cécile aussi, à sa façon, m'a soutenue, même si elle n'a pas encore un an et demi : par sa présence, l'attention dont elle a besoin, mais surtout par l'amour qui nous lie à elle et qu'elle nous rend si bien, par le bonheur qu'elle nous offre, par ses petites "farces", ses sourires malicieux et ses câlins.

A l'hôpital, l'anesthésiste m'a expliqué comment il procèderait, puis je suis retournée voir mon docteur pour fixer la date de l'intervention et, surtout, lui poser toutes les questions qui me torturaient. Il a répondu à tout, dans la mesure de ses connaissances. Les causes de ta mort étaient pour l'instant inconnues. Peut-être que les analyses qu'on ferait après l'intervention, le diront dans 2 semaines, mais peut-être pas. Je ne sais pas, de toute façon, si le fait de savoir pourquoi ton petit coeur s'est arrêté nous aidera à mieux supporter ton absence. J'ai encore beaucoup pleuré à l'idée de te perdre et de ne jamais pouvoir te prendre dans mes bras.

Le vendredi 10 septembre, je suis retournée à l'hôpital, pour subir l'intervention. On m'a emmenée au blog opératoire et j'ai encore beaucoup pleuré. Malgré tous mes efforts, je n'ai pas pu m'en empêcher. Les infirmières ont été très gentilles, elles m'ont consolée de leur mieux, puis on m'a anesthésiée et mon docteur t'a retiré de mon corps. Je préfère ne pas savoir comment ça se fait. Lorsqu'on m'a réveillée, je me suis tout de suite souvenu où j'étais, et pour quelle raison j'y étais. J'ai encore pleuré. J'ai tant de peine à l'idée que tu n'es plus là !

Après, j'ai passé la journée à me reposer à l'hôpital, à lire, à réfléchir ; pour avoir les idées moins sombres, j'avais posé une photo de Cécile sur mon oreiller. Je suis triste à l'idée que vous ne vous connaîtrez jamais, mais je lui parlerai de toi, car tu fais partie de la famille et tu en feras toujours partie. Nous parlerons aussi de toi aux autres enfants que nous pourrons avoir, car l'amour que nous avons éprouvé pour toi n'appartient qu'à toi, pour toujours, et nous voulons que tu vives dans nos souvenirs. Tu sais, même quand nous aurons un autre enfant, il ne te remplacera pas : il sera notre 3ème enfant. Même si tu n'as pas vécu longtemps dans mon ventre, notre petit 2ème, c'est toi, notre petit Ange monté au ciel pour tenir compagnie à ma Mamie que j'aime tant.

Nous ne saurons jamais si tu étais une petite fille ou un petit garçon, à qui tu aurais ressemblé le plus, quelle aurait été la couleur de tes yeux ou celle de tes cheveux. Nous ne saurons jamais quel caractère tu aurais eu. Nous ne saurons pas quelle vie, quelle voie, tu aurais choisies. Tout ce que nous savons, c'est que tu seras toujours notre enfants et que nous, tes parents, t'aimeront toujours.

Il nous faudra sans doute beaucoup de temps pour apprendre à accepter ton départ, je verserai sans doute encore beaucoup de larmes. Papa aura sans doute encore longtemps la gorge nouée en pensant à toi, lui qui n'est pas du genre à s'épancher, mais tout cela sera une façon pour toi de rester présent.

J'en voudrai sans doute encore longtemps à mon corps de ne pas avoir été capable de te protéger, et aussi de ne pas avoir eu de symptômes m'annonçant ce qui était arrivé. Cela ne sert à rien, je le sais, mais ça n'empêche pas la colère et le sentiment de culpabilité, de ne pas avoir été assez forte pour te permettre de vivre. Tu nous manqueras chaque jour de notre vie, mon petit amour trop tôt reparti, que je n'ai pas eu le temps de connaître. Je t'envoie tous les baisers que je ne pourrai jamais te faire.

Ta Maman, Corinne D.

Je mettrai dans ce dossier tous les éléments te concernant et ils seront à la disposition de tes frères et soeurs, afin que chacun connaisse ton histoire trop courte.

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  • Je m'appelle Corinne. Je suis mariée, j'ai 2 enfants que j'adore et entre mes loisirs créatifs,  ma famille, mon job et ma maison, il me faudrait des journées de 200 heures !
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