Je vous avais parlé récemment des matchs littéraires Price Minister.
On s'engageait à faire la critique d'un livre choisi parmi une liste, Price Minister nous envoyait le livre
en question, puis on le lisait et on en faisait la critique.
Et si on parrainait un autre "lecteur-critique", on recevait un 2ème livre (de notre choix également) dans
cette sélection (pour moi, "Une place à prendre de JK Rowling).

Je n'ai eu aucun mal à choisir le livre dont je voulais faire la critique. Dès que j'ai vu le nom de Toni
Morrison, j'ai su que ce serait ELLE.
Pourquoi Toni Morrison ? Cette femme (que j'ai découverte lors de mes études en fac d'anglais) m'émeut, me
bouleverse et m'impressionne. Ses romans m'envoûtent.
Elle sait nous décrire la vie des Afro-Américains dans différentes périodes de l'histoire des Etats-Unis, à
l'époque de l'esclavage (comme dans Beloved par exemple) ou dans les années 50 et ensuite, comme dans Home.
Ses personnages sont, pour la plupart, des êtres marqués dès leur naissance par le malheur puis
malmenés par la vie, par le manque d'amour et de considération, par la piètre image qu'on leur a donnée
d'eux-mêmes.
Et pourtant, on s'attache à ces personnages ; on ne fait pas que les plaindre, on finit par les aimer et on a
du mal à refermer le livre tant qu'on ne l'a pas terminé. Ces personnages nous hantent, on a envie de savoir ce qui va leur arriver, comment ils vont "s'en sortir", si leur situation va
s'améliorer. Et même une fois le livre terminé, on continue à penser à eux... ils nous hantent.
HOME : comme dans d'autres récits de Toni Morrison, on suit les destins de plusieurs personnages, avec différents narrateurs. Très rapidement, des indices
montrent que tous ces personnages ont des liens.
Dans les "gros romans", ça peut être difficile à suivre car on passe sans transition d'un personnage à
l'autre, mais dans ce petit texte de 150 pages, c'est moins complexe.
Ici, certains chapitres sont consacrés à un Afro-Américain pauvre, du nom de Frank Money. Il rentre de la
guerre de Corée, psychologiquement détruit. Hanté par la guerre, par la mort, par la culpabilité, il alterne les périodes d'alcolisme et de sobriété.
Il s'est juré de ne jamais retourner dans son village, où il n'a que de mauvais souvenirs, parsemés dans le
roman, tels les pièces d'un puzzle qui, mis bout à bout, nous aident à mieux comprendre son histoire, sa personnalité.
Et pourtant, dès le début, Frank voyage à travers les Etats-Unis pour retourner dans son village : il a reçu
un télégramme disant que sa petite sœur était gravement malade et allait mourir.
Dans certaines pages, écrites en italique, c'est même Frank Money lui-même qui "parle", qui réagit à ce que
le narrateur raconte sur lui. Il se dévoile, petit à petit.
D'autres chapitres sont consacrés à Ycidra, dite Cee. Son enfance auprès de Frank (on apprend assez vite
qu'il est son grand frère et qu'il a veillé sur elle toute leur vie). Une fois Frank parti à la guerre, Ycidra a succombé au premier galant venu et s'est vite retrouvée seule. Elle a dû trouver
du travail et subvenir à ses besoins. Elle a appris à se débrouiller sans son frère.
D'autres chapitres mettent l'accent sur Lilly, qui a, un temps, vécu une histoire d'amour avec l'ancien
soldat Frank Money. On voit leur relation à travers les yeux de Lilly, on ressent plus, ou différemment, comment la guerre a détruit cet homme.
Que vous dire de plus sans tout vous dire ?
Frank va retrouver Cee à temps.
Chacun va suivre un long chemin pour apprendre à guérir de ses blessures, physiques, morales ou
narcissiques.
Et en fermant le livre, on a envie de dire "Merci, Mme Morrison" et "s'il vous plaît, encore !"
A mes yeux et surtout dans mon cœur, ce livre mérite un bon 19/20.